PARTIE 11
« Maman… »
La voix de David semblait venir de très loin.
Comme à travers l’eau.
Comme dans un rêve.
Ou un cauchemar.
Tous les regards étaient tournés vers moi.
Grant.
Nathan.
Eleanor.
Clara.
David.
Tous.
Et moi…
Je regardais cette photographie.
Cette photo de moi accrochée au mur.
Cette photo que je n’avais jamais vue.
Cette photo qui portait une date que je ne reconnaissais pas.
Mon cœur battait si fort que ma vision devenait floue.
« Je ne comprends pas », murmurai-je.
Personne ne répondit.
David s’approcha.
La lettre de Robert tremblait dans sa main.
« Maman… regarde la date. »
Je regardai.
Encore.
Puis encore.
Et soudain…
Quelque chose remua au fond de ma mémoire.
Une sensation.
Un écho.
Une impression oubliée.
Cette date.
Je la connaissais.
Je l’avais déjà vue.
Mais pas sur une photographie.
Sur un document.
Un document médical.
Mon souffle se coupa.
« Non… »
David fronça les sourcils.
« Quoi ? »
Je reculais déjà.
Lentement.
« Non… »
Puis le souvenir revint.
Brutalement.
Comme un coup de marteau.
Cette date.
C’était celle de mon accident.
Le silence tomba immédiatement.
« Quel accident ? » demanda Grant.
Je regardai les visages autour de moi.
Puis murmurai :
« L’accident de voiture. »
Nathan pâlit.
Eleanor aussi.
Comme s’ils connaissaient déjà la réponse.
« Maman ? » demanda David.
Je sentais mes jambes trembler.
« Il y a sept ans… »
Ma voix se brisa.
« Quelques semaines après la mort de ton père… »
Un souvenir remonta.
Une route.
La pluie.
Des phares.
Puis plus rien.
« J’ai eu un accident. »
Grant fronça les sourcils.
« Quel genre d’accident ? »
« Une voiture m’a percutée. »
Le détective échangea immédiatement un regard avec Nathan.
Un regard qui me glaça.
Parce qu’ils semblaient tous les deux comprendre quelque chose avant moi.
« Et après ? » demanda David.
Je fermai les yeux.
Essayant de rassembler les morceaux.
« J’ai passé plusieurs semaines à l’hôpital. »
Puis une vérité que je n’avais jamais trouvée étrange jusque-là me frappa.
« Je ne me souviens de rien. »
Le silence.
« Rien ? » demanda Grant.
Je secouai la tête.
« Absolument rien. »
Nathan passa une main sur son visage.
Comme un homme qui venait de voir son pire cauchemar se réaliser.
« Robert avait raison… »
« À propos de quoi ? » lança David.
Nathan regarda la photographie.
Puis moi.
« Ils l’ont trouvée avant nous. »
Mon cœur rata un battement.
« Qui ? »
« Les Walker. »
Eleanor ferma les yeux.
Comme si elle savait que ce moment finirait par arriver.
« Ils ont essayé de te tuer », dit-elle doucement.
La pièce sembla exploser.
« Quoi ?! »
Je me levai brusquement.
« Non ! »
« Si. »
« Non ! »
« Ils ont raté leur coup. »
Mon souffle devenait court.
Très court.
« Pourquoi ? »
Nathan regarda la photo.
Puis la lettre.
Puis moi.
« Parce que Robert t’avait confié quelque chose avant sa mort. »
Mon sang se glaça.
Complètement.
« Quoi ? »
Nathan répondit :
« Nous l’ignorons. »
Le silence.
« Comment ça vous l’ignorez ? »
« Parce que tu as perdu la mémoire avant de pouvoir nous le dire. »
Je cessai de respirer.
Cette phrase entra dans mon esprit comme une lame.
Pendant sept ans…
J’avais cru être une vieille femme ordinaire.
Une veuve.
Une mère.
Une grand-mère potentielle un jour.
Rien de plus.
Mais soudain…
Je devenais la pièce centrale du puzzle.
Et je n’en avais jamais eu conscience.
David semblait aussi bouleversé que moi.
« Papa lui aurait confié quoi ? »
Nathan répondit sans hésiter.
« L’emplacement. »
« L’emplacement de quoi ? »
« Du dernier dossier. »
Le silence.
Puis Eleanor murmura :
« Celui qui peut détruire tout ce qu’il reste de la famille Walker. »
Même Clara semblait terrifiée.
« Mon Dieu… »
Puis soudain…
Grant se figea.
Complètement.
Son regard venait de tomber sur quelque chose.
Quelque chose derrière le tableau.
« Attendez. »
Personne ne bougea.
Le détective s’approcha du mur.
Puis retira une photographie.
Derrière.
Une petite enveloppe.
Jaunie par le temps.
Mon cœur accéléra.
Grant l’ouvrit.
Et découvrit une cassette audio.
Une vieille cassette.
Comme celles qu’on utilisait autrefois.
Personne ne parla.
Parce que tout le monde pensait la même chose.
Robert.
Grant trouva un vieux lecteur dans l’un des cartons.
L’installa.
Puis inséra la cassette.
Le clic résonna dans toute la cave.
Un souffle.
Du bruit statique.
Puis…
La voix de Robert.
Mon mari.
Mort depuis sept ans.
Je sentis immédiatement les larmes monter.
« Si vous écoutez ceci… »
Sa voix était fatiguée.
Très fatiguée.
« …alors je suis probablement mort. »
Personne ne bougea.
Même respirer semblait impossible.
« Je n’ai plus beaucoup de temps. »
Le souffle de Robert était irrégulier.
Comme s’il enregistrait ce message en sachant déjà ce qui l’attendait.
« David… »
Mon fils se figea.
« Si tu entends ma voix, je suis désolé. »
Des larmes apparurent dans ses yeux.
« J’aurais voulu t’expliquer la vérité moi-même. »
Puis vint un long silence.
Et la phrase suivante changea tout.
Absolument tout.
« Je ne suis pas ton père biologique. »
David ferma les yeux.
Comme s’il recevait un deuxième coup de couteau.
Mais Robert continua.
« Pourtant tu es mon fils. »
Un silence.
« Tu as toujours été mon fils. »
Je vis David s’effondrer intérieurement.
Puis la voix poursuivit.
« Et si quelqu’un essaie de te convaincre du contraire… ne l’écoute pas. »
Le silence.
Puis Robert prononça un nom.
Un seul nom.
Un nom que personne dans la pièce ne connaissait.
« Ton père biologique s’appelle Daniel Mercer. »
La cave entière sembla s’arrêter.
« Qui est Daniel Mercer ? » murmura David.
Mais la cassette continuait.
Et la voix de Robert devenait plus grave.
Plus urgente.
« S’ils découvrent que Daniel est encore vivant… »
Le lecteur grésilla.
Puis le son se coupa brutalement.
Tout le monde sursauta.
« Non ! »
Grant tapota l’appareil.
Rien.
Le ruban venait de se bloquer.
Exactement à cet instant.
Exactement après ces mots.
S’ils découvrent que Daniel est encore vivant…
Le silence qui suivit était insupportable.
Puis Nathan murmura quelque chose.
Si bas que j’eus presque du mal à l’entendre.
« Alors c’est pire que ce que je croyais. »
David leva les yeux.
« Pourquoi ? »
Nathan semblait horrifié.
Vraiment horrifié.
Puis il répondit :
« Parce que Daniel Mercer n’est pas censé être vivant. »
Le silence.
« Il est officiellement mort depuis vingt-cinq ans. »
Personne ne bougea.
Personne ne parla.
Puis Grant regarda lentement Nathan.
« Comment connaissez-vous ce nom ? »
Nathan semblait regretter instantanément ses propres paroles.
Mais il était trop tard.
Beaucoup trop tard.
Parce que dans ses yeux…
Pour la première fois depuis notre rencontre…
Je vis la vérité.
Nathan connaissait Daniel Mercer.
Et il connaissait probablement bien plus de secrets qu’il ne nous avait encore révélés.
PARTIE 12
Nathan connaissait Daniel Mercer.
Je le voyais.
Tout le monde le voyait.
Même lui savait que nous l’avions compris.
La cave était devenue silencieuse.
Trop silencieuse.
On n’entendait plus que le léger grésillement du vieux lecteur de cassette.
Comme si la voix de Robert refusait de disparaître complètement.
David fixait Nathan.
Ses yeux étaient rouges.
Pas seulement à cause de l’émotion.
À cause de la colère.
Une colère profonde.
Une colère accumulée pendant des années sans le savoir.
« Tu le connais. »
Nathan ne répondit pas.
« Tu connais Daniel Mercer. »
Toujours rien.
« Depuis combien de temps tu me mens ? »
Nathan ferma les yeux.
Puis poussa un long soupir.
Le soupir d’un homme fatigué de porter un secret.
« Depuis vingt-cinq ans. »
Le silence fut immédiat.
« Vingt-cinq ans ? » répéta Grant.
Nathan hocha lentement la tête.
David semblait sur le point d’exploser.
« Tu savais qui était mon père biologique depuis tout ce temps ? »
« Oui. »
« Et tu ne m’as rien dit ? »
Nathan détourna le regard.
« Je n’en avais pas le droit. »
Cette phrase eut l’effet inverse de celui qu’il espérait.
David frappa violemment la table.
« Le droit ?! »
Les dossiers tremblèrent.
Les photographies glissèrent.
« Toute ma vie est un mensonge et tu me parles de droit ? »
Nathan ne protesta pas.
Parce qu’au fond…
Il savait que David avait raison.
Puis Eleanor prit la parole.
Pour la première fois depuis plusieurs minutes.
« Ce n’est pas lui qui a pris cette décision. »
Tous les regards se tournèrent vers elle.
« Alors qui ? »
Elle hésita.
Puis répondit :
« Robert. »
Mon cœur se serra.
Encore.
Toujours Robert.
Même mort, il continuait à influencer chaque seconde de cette histoire.
« Robert savait ? » demanda David.
Nathan répondit.
« Depuis le début. »
Le monde sembla vaciller.
« Depuis le début ? »
« Oui. »
« Il savait que je n’étais pas son fils ? »
« Oui. »
« Et il ne me l’a jamais dit ? »
Nathan baissa la tête.
« Parce qu’il avait peur. »
« De quoi ? »
Cette fois…
Nathan leva les yeux.
Et répondit :
« Qu’ils te retrouvent. »
Le silence.
« Qui ? »
Nathan murmura :
« Les hommes qui ont tué Daniel Mercer. »
David resta figé.
« Mais tu viens de dire qu’il était vivant. »
« Exactement. »
« Alors ils ne l’ont pas tué. »
Nathan secoua lentement la tête.
« Ils croient l’avoir tué. »
Cette phrase fit froid dans le dos.
Puis Grant s’approcha.
« Commençons par le début. »
Nathan hocha la tête.
Puis regarda David.
« Daniel Mercer était journaliste d’investigation. »
Le silence.
« Il enquêtait sur les Walker. »
Personne ne parla.
« Il a découvert quelque chose. »
« Quoi ? »
« Une liste. »
Encore une liste.
Encore un document.
Encore un secret.
Mais cette fois, quelque chose semblait différent.
« Quelle liste ? » demanda Clara.
Nathan fixa le sol.
Puis répondit :
« Les noms de toutes les personnes impliquées. »
Mon cœur rata un battement.
« Dans quoi ? »
« Le réseau. »
« Quel réseau ? »
Nathan inspira profondément.
Puis prononça les mots que personne ne voulait entendre.
« Le réseau qui a généré les deux milliards de dollars. »
La cave sembla se refermer autour de nous.
Puis Nathan poursuivit.
« Quand Daniel a découvert la liste, il a compris qu’il était condamné. »
« Alors il a disparu ? » demanda David.
« Oui. »
« Et ma mère ? »
Cette question changea tout.
Parce que Nathan pâlit immédiatement.
Complètement.
« Nathan ? » insista David.
« Ma mère connaissait Daniel ? »
Le silence.
Long.
Très long.
Puis Nathan murmura :
« Oui. »
Je cessai de respirer.
« Quoi ? »
Nathan évitait mon regard.
Comme s’il avait honte.
« Vous étiez fiancés. »
Le monde s’arrêta.
Complètement.
Je sentis mes jambes disparaître sous moi.
Fiancés ?
Moi ?
Avec Daniel Mercer ?
Avant Robert ?
Avant tout ?
« Non… »
Ma voix n’était plus qu’un souffle.
« Je m’en souviendrais. »
Nathan avait l’air brisé.
« Tu aurais dû. »
Mon sang se glaça.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Personne ne répondit immédiatement.
Puis Eleanor murmura :
« Ils ne t’ont pas seulement renversée avec une voiture. »
Le silence.
« Ils ont essayé d’effacer ce que tu savais. »
Je sentis une douleur étrange apparaître derrière mes yeux.
Une douleur sourde.
Lointaine.
Comme quelque chose qui essayait de revenir.
Quelque chose qui frappait depuis des années derrière une porte verrouillée.
Puis soudain…
Une image surgit.
Brutalement.
Une gare.
Un homme qui court.
Une enveloppe brune.
Du sang.
Je vacillai.
David me rattrapa immédiatement.
« Maman ! »
Je respirais difficilement.
Très difficilement.
« J’ai vu quelque chose. »
Tout le monde se figea.
« Quoi ? »
Je fermai les yeux.
Essayant de retenir le souvenir avant qu’il ne disparaisse.
« Une gare. »
Nathan devint blanc.
« Mon Dieu… »
« Quoi ? »
« Continue. »
« Un homme. »
« Daniel ? »
« Je ne sais pas. »
Puis une autre image apparut.
Une main.
Une enveloppe.
Un symbole noir dessiné dessus.
Un symbole étrange.
Que je n’avais jamais vu.
Ou du moins…
C’est ce que je croyais.
Car au moment où ce symbole apparut dans mon esprit…
Clara poussa un cri.
Un vrai cri.
De terreur.
Tout le monde se tourna vers elle.
« Clara ? »
Elle regardait l’un des dossiers ouverts sur la table.
Complètement horrifiée.
« Non… »
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Elle pointa une page.
Sa main tremblait.
« Ce symbole. »
Mon cœur s’accéléra.
« Tu le connais ? »
Elle hocha lentement la tête.
Puis murmura :
« Il était dans le bureau de mon grand-père. »
Le silence.
« Quoi ? »
« Je le voyais quand j’étais enfant. »
Personne ne bougea.
Puis elle ajouta quelque chose qui fit pâlir même Nathan.
« Et il y avait toujours trois noms écrits dessous. »
Grant se pencha.
« Lesquels ? »
Clara ferma les yeux.
Essayant de se souvenir.
Puis elle les récita.
Lentement.
« Walker. »
Silence.
« Mercer. »
Silence.
Puis le troisième.
Celui qui fit s’effondrer Nathan.
« Cole. »
La cave devint glaciale.
Parce que soudain…
Nathan ne faisait plus partie de l’enquête.
Nathan faisait partie du secret.
Puis avant que quiconque puisse parler…
Un téléphone sonna.
Pas celui de Clara.
Pas celui de David.
Pas celui de Grant.
Un téléphone inconnu.
Quelque part dans la cave.
Tout le monde chercha autour de lui.
Puis Grant trouva le bruit.
Il provenait d’un vieux coffre métallique caché derrière une étagère.
Un coffre verrouillé.
Personne ne respirait.
Le téléphone continuait de sonner.
Encore.
Encore.
Encore.
Comme si quelqu’un savait exactement que nous étions là.
Grant força le cadenas.
Ouvrit le coffre.
À l’intérieur se trouvait un téléphone portable.
Branché à un chargeur.
Toujours alimenté.
Après sept ans.
Comme si quelqu’un l’entretenait régulièrement.
Comme si quelqu’un revenait ici.
Le téléphone sonnait toujours.
Grant regarda l’écran.
Puis pâlit.
Complètement.
« Quoi ? » demanda David.
Le détective leva lentement les yeux.
Et pour la première fois depuis le début de cette histoire…
Je vis de la peur dans son regard.
Une véritable peur.
« L’appelant est enregistré sous un seul nom. »
Le silence.
« Quel nom ? »
Grant avala difficilement sa salive.
Puis retourna l’écran vers nous.
Un seul mot apparaissait.
Un mot que personne n’était censé voir.
Un mot qui fit tomber le téléphone des mains de Nathan.
“DANIEL.”
PARTIE 13
“DANIEL.”
Le nom brillait sur l’écran du téléphone.
Personne ne bougeait.
Personne ne respirait.
Même le téléphone semblait attendre.
Comme s’il savait que tout allait changer dès que quelqu’un décrocherait.
Nathan fixait l’écran.
Blanc comme un fantôme.
Eleanor pleurait silencieusement.
David regardait le nom.
Encore.
Encore.
Comme s’il essayait de convaincre son esprit qu’il ne le voyait pas vraiment.
Daniel Mercer.
L’homme officiellement mort depuis vingt-cinq ans.
L’homme qui était peut-être son père.
L’homme qui appelait maintenant un téléphone caché dans une cave secrète.
Mon cœur battait si fort que j’avais mal à la poitrine.
Puis Grant tendit lentement la main.
Et décrocha.
« Ici le détective Michael Grant. »
Le silence.
Long.
Très long.
Puis une voix masculine résonna dans le haut-parleur.
Une voix grave.
Calme.
Étrangement calme.
« Robert est-il enfin prêt à me pardonner ? »
La cave entière se figea.
Mon souffle se coupa.
Parce que cette voix…
Je la connaissais.
Pas son nom.
Pas son visage.
Sa voix.
Quelque chose au fond de ma mémoire se réveilla brutalement.
Comme un éclair.
Comme une porte qui s’entrouvre.
Je vacillai.
David me rattrapa immédiatement.
« Maman ? »
Je ne pouvais plus parler.
La voix continuait.
« Je suppose que non. »
Puis un léger rire.
Fatigué.
Triste.
« Cela fait longtemps que Robert est mort, n’est-ce pas ? »
Grant resta silencieux.
Observant les réactions autour de lui.
Nathan semblait sur le point de s’effondrer.
« Daniel », dit finalement le détective.
Le silence.
Puis la voix répondit.
« Nathan est vivant ? »
Personne ne parla.
« Alors oui », continua Daniel lui-même. « C’est bien moi. »
Mon cœur s’arrêta.
Cette fois réellement.
Parce qu’en entendant ces mots…
Quelque chose explosa dans ma mémoire.
Une gare.
La pluie.
Une valise.
Et cette même voix.
Exactement cette voix.
« Sarah. »
Je me figeai.
Tout le monde se tourna vers moi.
Parce que Daniel venait de prononcer mon prénom.
Pas le prénom que j’utilisais aujourd’hui.
Pas celui que tout le monde connaissait.
Mon ancien prénom.
Sarah.
Un prénom que personne ici n’était censé connaître.
Je sentis mes jambes disparaître sous moi.
« Non… »
David me regarda.
« Maman ? »
Je ne l’entendais presque plus.
Parce que les souvenirs revenaient.
Tous.
D’un seul coup.
Violents.
Incontrôlables.
Je revis un quai de gare.
Je revis un homme courir vers moi.
Je revis ses yeux.
Ses mains.
Son visage.
Et soudain…
Je le reconnus.
Daniel Mercer.
Je l’avais aimé.
Mon Dieu.
Je l’avais aimé.
Une douleur traversa ma poitrine.
Une douleur si forte que j’en eus le souffle coupé.
« Sarah ? »
La voix au téléphone tremblait maintenant.
« Sarah, est-ce toi ? »
Je me mis à pleurer.
Sans même comprendre pourquoi.
Parce que quelque part…
Très profondément…
Je savais déjà la vérité.
« Daniel… »
Le silence qui suivit sembla durer une éternité.
Puis quelqu’un sanglota à l’autre bout du fil.
Daniel.
Daniel Mercer pleurait.
Après vingt-cinq ans.
Après toutes ces années.
Il pleurait.
« Tu es vivante. »
Je fermai les yeux.
Et soudain tout revint.
Tout.
Les souvenirs.
Les promesses.
Les mensonges.
La fuite.
Le sang.
Le danger.
Puis une autre vérité me frappa.
Bien pire.
Je n’avais pas oublié naturellement.
On m’avait fait oublier.
Personne ne parla pendant plusieurs minutes.
Même Grant.
Même Nathan.
Tout le monde observait.
Parce qu’ils comprenaient qu’une partie de ma mémoire venait de revenir.
Et que cette partie pouvait changer toute l’histoire.
« Daniel », murmura Nathan.
La voix répondit immédiatement.
« Nathan. »
Un silence.
Puis Daniel demanda :
« Combien savent la vérité ? »
Nathan regarda David.
Puis Clara.
Puis moi.
« Presque tout le monde. »
Daniel poussa un long soupir.
« Alors nous sommes déjà trop tard. »
Le silence.
« Trop tard pour quoi ? » demanda Grant.
Cette fois…
La voix devint grave.
Très grave.
« Parce qu’ils vont arriver. »
Mon sang se glaça.
« Qui ? »
« Le Conseil. »
Personne ne comprenait.
Sauf Nathan.
Parce qu’au même instant…
Son visage devint blanc.
Complètement blanc.
« Non. »
« Si. »
« Ce n’est pas possible. »
« Ils savent que la cave a été ouverte. »
La peur dans la voix de Daniel était réelle.
Brutale.
Authentique.
« Nathan, écoute-moi bien. »
« Daniel… »
« Combien de temps ? »
Nathan regarda sa montre.
Puis murmura :
« Peut-être une heure. »
Le silence.
Daniel répondit immédiatement.
« Alors fuyez. »
Grant fronça les sourcils.
« Personne ne fuit. »
« Vous ne comprenez pas. »
« Alors expliquez-moi. »
Long silence.
Puis Daniel prononça une phrase qui fit disparaître tout le reste.
« Les Walker n’ont jamais dirigé l’organisation. »
Personne ne parla.
« Ils n’étaient qu’une branche. »
Le silence.
« Une branche de quoi ? »
Puis Daniel répondit.
Et la température sembla chuter de dix degrés.
« D’un groupe qui existe depuis plus de cent ans. »
Même Grant resta sans voix.
« Un siècle ? »
« Oui. »
« Quel groupe ? »
La réponse arriva.
Lentement.
Comme une condamnation.
« Le Conseil des Neuf. »
Personne ne comprenait encore.
Mais Nathan, lui, semblait terrifié.
Vraiment terrifié.
« Daniel… »
« Ils t’ont retrouvé, n’est-ce pas ? »
Nathan ne répondit pas.
Parce que son silence suffisait.
Puis Daniel poursuivit.
« Robert était proche de la vérité. »
« Jusqu’où ? »
« Assez pour mourir. »
Le silence.
« Et maintenant ? » demanda Grant.
Daniel répondit immédiatement.
« Maintenant ils veulent récupérer ce qui est dans la cave. »
Mon cœur accéléra.
« Quoi exactement ? »
Cette fois…
Daniel ne répondit pas.
Pendant plusieurs secondes.
Puis il murmura :
« Le registre. »
Nathan ferma les yeux.
Comme s’il venait d’entendre le pire mot possible.
« Non. »
« Si. »
« Tu es certain ? »
« Oui. »
David regarda tour à tour les deux hommes.
« Quel registre ? »
Le silence.
Puis Daniel répondit :
« Le livre qui contient tous leurs noms. »
La cave devint glaciale.
Tous leurs noms.
Tous.
Après un siècle.
Des politiciens.
Des hommes d’affaires.
Des juges.
Des banquiers.
Des criminels.
Tous.
Puis soudain…
Une alarme retentit quelque part dans la cave.
AIGUË.
Violente.
Inattendue.
Tout le monde sursauta.
Nathan se précipita vers un vieux moniteur caché derrière une armoire.
L’écran s’alluma.
Puis une image apparut.
La caméra extérieure.
Devant la maison.
Mon cœur s’arrêta.
Parce que la rue était pleine.
Complètement pleine.
Des voitures noires.
Une dizaine.
Peut-être plus.
Stationnées tout autour de la propriété.
Personne ne sortait encore.
Mais toutes étaient arrivées en même temps.
Comme une armée.
Comme une opération préparée depuis longtemps.
Nathan regarda l’écran.
Puis murmura :
« Ils sont déjà là. »
Le téléphone resta silencieux pendant une seconde.
Puis Daniel prononça les mots les plus terrifiants de la soirée.
« Alors écoutez-moi très attentivement. »
Tout le monde se tut.
« Si les voitures sont arrivées… »
Sa voix trembla légèrement.
« …cela signifie que quelqu’un parmi vous travaille pour eux. »
Le silence explosa dans la cave.
Puis l’écran de surveillance changea brusquement.
Comme piraté.
Une image unique apparut.
Une photographie récente.
Prise à l’intérieur même de la cave.
Quelques minutes auparavant.
On nous voyait tous.
Moi.
David.
Grant.
Clara.
Nathan.
Eleanor.
Tous.
Puis un cercle rouge apparut lentement autour d’un seul visage.
Un seul.
Et lorsque nous reconnûmes la personne désignée…
Personne ne parvint à parler.
Parce que le cercle rouge entourait…
Le détective Michael Grant….
À SUIVRE…
